Après une saison régulière dominée par Boussu, il aura fallu attendre la toute dernière improvisation de l’année pour connaître le champion Mons-Borinage. Au terme d’une finale spectaculaire, disputée devant près de 200 spectateurs au Centre culturel de Dour, Jemappes est parvenu à conserver son titre face à une équipe jaune qui n’aura jamais cessé d’y croire.
Une finale lancée sur un faux rythme

La soirée avait pourtant commencé tout en douceur. Sur “Nabuki était ici”, Bill Bilquin et Bérengère Juvent ont ouvert le match avec un bel échange, avant d’être rejoints par Nicolas Tondreau et Sandrine Dhinaut. Un premier round d’observation, déjà très propre, qui a permis à Jemappes d’inscrire le premier point de la finale.
Le ton était donné : cette rencontre ne se jouerait pas sur un coup d’éclat, mais sur une succession de détails.
Boussu frappe fort, Jemappes s’accroche
Très vite, les deux équipes ont montré leurs couleurs. Sur “Vacances romaines”, Sandrine Dhinaut et Julie Lahure ont livré une belle joute verbale en abécédaire, sans faute, avec de vraies phrases et une complicité évidente. Puis la première comparée de la soirée, “Seconde vie”, a permis aux deux équipes de déployer leurs univers.

Côté Jemappes, Nicolas Tondreau a incarné un chat cambrioleur ayant déjà perdu huit de ses neuf vies. Côté Boussu, les Jaunes ont embarqué le public dans un home borain où l’amour, le quotidien et la folie douce n’ont pas d’âge. Dans cette première grande confrontation, Boussu a frappé fort et remporté le point, avec les rires de la salle en prime.

La finale a ensuite pris un ton plus sombre avec “Masque obligatoire”, dystopie grinçante dans laquelle chacun devait porter un sourire peint sur le visage sous l’œil menaçant de la police de la joie. Une improvisation tendue, presque malaisante par moments, mais traversée de touches d’humour bien dosées.
Une seconde mi-temps entre éclats de rire et tension

La pause n’a visiblement refroidi personne. Dès le retour sur scène, le titre du public, « Le jour de la photo », a offert un grand moment de délire collectif. Huit jouteurs se sont retrouvés plongés dans une photo de classe digne du Petit Nicolas, entre grimaces, chamailleries et souvenirs d’enfance. Un instant de pure légèreté qui a immédiatement relancé l’énergie de la salle.
Mais l’un des grands tournants du match est arrivé avec la fusillade à mort. Un contre un, jusqu’à épuisement du stock. Dans cet exercice à haute pression, les Bleus ont pris l’avantage. Chaque duel a compté, chaque prise de risque pouvait peser lourd, et Jemappes a réussi à sortir vainqueur de ce moment clé.
Boussu n’a pas lâché pour autant. Sur “L’Oubli”, les Jaunes ont offert l’un des grands moments comiques de la soirée. Avec une simple tente comme accessoire, ils ont construit une aventure de camping complètement folle, où l’ouverture de la tente devenait déjà une épreuve héroïque. L’histoire a ensuite basculé dans un univers étrange, presque à la Lewis Carroll, peuplé de lutins et de logique absurde. Personne n’a sans doute tout compris, mais tout le monde a ri. Même les jouteurs de Jemappes, sur le banc, semblaient savourer le chaos.

En face, Nicolas Tondreau s’est glissé dans un sac de couchage pour raconter l’histoire d’une chenille amnésique dont la transformation en papillon ne se passait pas du tout comme prévu. Bill Bilquin est venu conclure l’improvisation avec un service ravageur, en bombardant les insectes d’insecticide pour tenter de retrouver le sommeil. Un final à la fois absurde, efficace et parfaitement placé.

La suite a offert une tragédie grecque, “Les Enfants d’Arès”, intéressante mais moins marquante, puis un exercice de style relais autour de “La péniche du silence”. Quatre duos, une même histoire rejouée de plusieurs façons, jusqu’à une version érotique tellement appuyée que l’arbitre a préféré interrompre l’action avant que la péniche ne quitte définitivement les eaux territoriales du bon goût.
Une prolongation pour départager les finalistes

À la fin du temps réglementaire, rien n’était décidé. Les deux équipes étaient à égalité. Boussu avait remporté deux comparées sur trois. Jemappes avait tenu bon dans les mixtes. Les Jaunes avaient confirmé leur statut de meilleure équipe de la saison régulière. Les Bleus, eux, rappelaient qu’ils étaient les champions sortants.
Il fallait donc une dernière improvisation.

Et comme souvent dans les grandes finales, ce sont les capitaines qui ont pris leurs responsabilités. Sur “Simple texto”, Nicolas Tondreau et Bérengère Juvent se sont avancés pour un ultime face-à-face. Après le comptage des assistants arbitres, le dernier point de la saison est tombé du côté de Jemappes sur un comptage de 71 contre 64. Une bonne part du public s’étant abstenue de voter tant les niveaux de qualité de jeux étaient proches.
Jemappes conserve la Lampe

Score final : 7-6.
Les Bleus conservent leur titre et remportent, pour la deuxième année consécutive, la Coupe de la Lampe.
Cette finale restera aussi comme une première dans l’histoire de la LBI : pour la première fois, le champion de la saison régulière n’est pas le champion Mons-Borinage. Boussu a dominé la saison. Jemappes a gagné le match qu’il fallait gagner.
Une pluie de récompenses pour clôturer la saison

La soirée a également consacré plusieurs jouteurs lors de la remise des prix individuels. Bérengère Juvent et Nicolas Tondreau ont été élus meilleurs jouteurs de la saison. Yasmine El Mkhoust et Guillaume Meeus ont reçu les prix des meilleures recrues. Benoît de Labie et Julie Lahure ont été désignés meilleurs adversaires. Les prix du public sont revenus à Bérengère Juvent et Nicolas Tondreau.
Les prix spéciaux ont également salué plusieurs parcours : Bérengère Juvent a reçu le Prix du Conteur et le titre de Jouteuse Étoile, Ronny Petit le Prix des Personnages, et Bill Bilquin le Coup du chapeau pour avoir décroché au cours de la saison une étoile de chaque catégorie : personnage, top jouteur et construction.
Même battue, Boussu n’a pas quitté Dour les mains vides. Bérengère Juvent a été nommée Top Joueuse de la finale, tandis qu’Éric Leloir a reçu le Prix du Public. Côté Jemappes, Julie Lahure a remporté l’étoile Construction ainsi qu’un prix du public, et Nicolas Tondreau l’étoile Personnages.
Autre symbole fort : Bérengère Juvent et Benoît de Labie sont tous deux entrés dans le Club des 100, réservé aux jouteurs ayant disputé 100 improvisations depuis la première saison de la LBI.
Une saison qui se termine comme elle a commencé

Au bout du compte, cette finale aura parfaitement résumé la saison. Boussu a été intense, inventif, imprévisible, parfois irrésistible. Jemappes a été patient, solide, expérimenté, capable de rester debout jusqu’au dernier échange.
Et lorsque la dernière voix du public s’est exprimée, la Lampe est restée bleue.





























































































